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ATTENTION : Le Kikimundo a déménagé - Ce blog reste ouvert en tant qu'archive.

Si vous souhaitez me laisser un message, je vous invite à le faire sur mon nouveau blog :

http://www.lekikimundo.org

 

4 février 2007 7 04 /02 /février /2007 18:00

Depuis qu'il est à la retraite, Albert Jacquard, le célèbre généticien des populations, consacre la majeure partie de son temps à lutter contre les injustices sociales. Monsieur Jacquard est un grand scientifique et un grand humaniste. Il a la réputation d'être un homme d'une très grande sagesse. D'ailleurs, il est barbu, ça montre bien à quel point il est sage (Les amis de Monsieur Thom comprendront). Il est à la communauté scientifique ce que Prof est aux sept nains (Ils ont même la même barbe). Albert Jacquard est l'auteur plusieurs ouvrages de vulgarisation scientifique et d'essais mêlant science et philosophie. J'ai même lu l'un d'entre eux :

L'équation du nénuphar

Ce livre est le fruit de plusieurs rencontres avec des classes primaires et secondaires. Invité dans les écoles pour parler du rôle de la science dans notre société, Monsieur Jacquard s'est trouvé confronté aux questions spontanées des élèves qui exprimaient leurs angoisses sur l'avenir, sur leur place dans le monde de demain. Fort de ces expériences, il écrivit ce livre dans lequel il nous fait part de sa réflexion sur l'enseignement de la science et sur le rôle du système éducatif dans le développement des individus. Monsieur Jacquard voit en l'éducation un moyen de lutter contre l'exclusion et propose de repenser l'école et la façon d'enseigner. Le rôle de l'école n'est pas former les jeunes à entrer dans la vie active, mais de les doter des outils nécessaires pour construire une société nouvelle offrant une place à chacun. Il illustre son discours par des anecdotes amusantes et des problèmes scientifiques ludiques, nous montrant comment on peut trouver du plaisir dans l'apprentissage des sciences.

J'aime beaucoup ce livre et les idées qu'il défend. Il nous amène à réfléchir sur notre place dans la société et sur le rôle qu'on peut y jouer. Par ces observations et ses réflexions, Monsieur Jacquard nous explique clairement les causes de certains de nos problèmes quotidiens. Voici, par exemple, ce qu'il écrit sur l'utilisation des nombres :

« Peu nombreux sont les enfants (et les adultes) qui ont le réflexe de voir dans un nombre l'expression d'une mesure. Ce qui suppose la définition préalable des caractéristiques à mesurer et la définition d'une unité de mesure. »

J'ai pu récemment vérifier la véracité de ces propos.

 

C'était une journée comme les autres. Je vaquais à mes activités d'informaticien. Le nez sur mon écran, je mettais au point un programme, quand je perçus une voix qui m'interpelait. J'étais concentré sur mon travail et quand je suis concentré, je mets un certain temps à répondre aux stimulis extérieurs. C'est en partie pour cette raison que certains de mes collègues m'appellent l'Autiste. Cette fois-ci, je mis bien une demi-minute à réagir. Levant enfin les yeux, je vis mon collègue qui, d'un signe de tête, m'invitait à me retourner.

Derrière moi se tenait mon responsable hiérarchique, Madame MaChef. Je ne sais pas depuis combien de temps elle était là, mais elle attendait patiemment que je revienne sur terre. J'étais surpris par cette visite. On voit assez rarement Madame MaChef dans le bureau d'un de ses collaborateurs. En général, quand elle veut nous parler, elle organise une réunion. Alors la voir ici avait quelque chose d'insolite. D'autant plus que sa physionomie indiquait clairement qu'elle était préoccupée.

« Tu peux venir me voir une minute ? » me demanda-t-elle.

Intrigué, je laissai mon travail en plan et la suivis dans son bureau. Me montrant une pile de documents, elle m'expliqua ce qui la tracassait.

« La semaine prochaine, je dois présenter un calcul du budget pour le prochain exercice. J'ai toutes ces demandes utilisateurs à examiner. Et comme j'ai plein de trucs à faire et que je ne sais pas par où commencer, j'ai pensé que tu pourrais »

Le Calcul du budget n'entre pas dans mes attributions. J'étais plutôt flatté qu'elle vienne me consulter sur un sujet aussi sensible. En principe, les questions de gros sous sont réservées à l'Elite. Le budget est une des prérogatives du chef, il détermine l'activité du service pendant toute une année. En faisant appelle à moi, Madame MaChef reconnaissait implicitement la fiabilité de mon jugement et la qualité de mon travail. Le fait d'utiliser un développeur pour estimer des temps de programmation me semblais une bonne idée. Sur ce coup là, Madame MaChef faisait preuve d'une grande sagesse. (N'allez pas pour autant en déduire qu'elle est barbue.)

Je repartis dans mon bureau avec le paquet de documents sous le bras. Mettant de côté le travail en cours, je commençai aussitôt à imaginer une méthode de calcul susceptible de fournir un résultat cohérent. Chez nous, le budget d'un projet informatique s'exprime en Mois-Homme. Cette curieuse unité de mesure représente un temps de travail passé par une personne sur un projet. Un Mois-Homme équivaut à vingt jours d'activité. Pour calculer le coût de la main d'œuvre, les services financiers multiplient le nombre de Mois-Homme par le coût moyen mensuel d'un salarié. Je devais donc décortiquer chaque document, choisir les technologies à utiliser et évaluer la difficulté de réalisation pour chaque partie afin d'en déduire un temps de développement. Je conçus une grille d'évaluation paramétrable, prévoyant même de gérer des intervalles de tolérance pour intégrer dans le calcul l'incertitude liée au manque d'informations dans certaines demandes.

Au bout de deux jours, après avoir passé au crible tous les documents qu'elle m'avait confiés, je retournai voir Madame MaChef pour lui présenter le résultat de mes calculs. Elle m'accueillit avec enthousiasme : « Ah, super ! »

Elle posa la feuille que je lui tendais devant elle, puis, la tête entre les mains, se mit à l'étudier. Au bout de quelques secondes, elle attrapa sa machine à calculer et commença à pianoter sur les touches. Visiblement, elle effectuait une série d'opération à partir des chiffres que je lui avais fournis. Mais que faisait-elle donc ? Mettait-elle en doute mes résultats ? M'étais-je trompé quelque part ?

« Bon ! Pour les tests et les mises en production, je multiplie par 3,5. Et ça fait »

Alors là, j'étais admiratif, stupéfait, subjugué. Elle avait, en quelques secondes, achevé le calcul alors qu'il m'avait fallu plus deux jours pour parvenir à un résultat. Incroyable. J'avais devant moi LE Chef. Celui des légendes. Celui à coté duquel on se sent tout petit. Celui qui possède une capacité de synthèse et une puissance de réflexion qu'un modeste programmeur n'osera jamais espérer atteindre, même pas en rêve. Comparé à elle, sur l'échelle des sept nains, j'étais relégué au rang du Simplet. En deux coups de calculette, elle venait de déterminer l'activité de six personne pendant un an.

Et ce 3,5 ! D'où pouvait bien sortir ce chiffre miraculeux ? Cherchant à satisfaire ma curiosité naturelle, et au risque de paraître idiot, je lui demandai :

« Et comment tu as trouvé 3,5 ? »

« Ben c'est très simple ! » me dit-elle.

Aïe, mes craintes étaient fondées. J'allais passer pour un débile…

« Pour arriver au total que je veux obtenir, je dois multiplier ton résultat par 3,5. Donc… »

Elle n'a pas fini sa phrase. Je n'ai pas pu m'empêcher d'éclater de rire.

 

Elle - Ben qu'est-ce qu'il y a ?
Moi - T'es en train de me dire que tu m'as fait bosser pendant deux jours pour calculer un chiffre que tu connaissais déjà !
Elle - Ben oui, mais, euh… Pour la présentation, je voulais un tableau avec des chiffres et que euh… Et puis les budgets, hein…
Moi - Et c'est à partir de ça qu'on va bosser pendant un an ? Chapeau !

 

Je suis sorti de son bureau mort de rire. Cette histoire a rapidement fait le tour de service, et je crois qu'elle m'en veut un peu car depuis, quand elle parle de chiffres, il y en a toujours un qui lui balance :

« Et est-ce qu'on doit multiplier par 3,5 ? »

Je doute qu'elle fasse encore appel à moi pour ce genre de service.

Cette anecdote m'a fait prendre conscience que je pouvais très bien devenir Chef. Pas besoin d'être sorti d'une école d'ingénieur. Pour calculer un budget, il suffit de savoir multiplier un nombre par 3,5 et on obtient N'importe-quoi.

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29 janvier 2007 1 29 /01 /janvier /2007 00:00

Récemment Madame Yue-Yin m’a proposé de dévoiler cinq choses peu connues à mon sujet.

Pourquoi pas ?!?

L’ennui c’est que je ne vois rien de peu connu sur moi. Depuis de nombreuses années, tous les journaux peoples de la planète étalent au grand jour ma vie dans ses moindres détails. Je ne vois pas ce que je pourrais vous apprendre de nouveau…

A la réflexion, il existe quand même un sujet dont ne parlent jamais les journaux. Il s’agit de mes coutumes alimentaires. Je comprends que cela soit moins captivant que mes tribulations amoureuses. Mais je me dis que quelque part, il y a peut-être des personnes qui aimeraient me connaître mieux, des groupies frustrées qui voudraient m’inviter à dîner et qui n’osent pas, ignorant tout de mes goûts en matière de gastronomie. Ça serait quand même dommage de rater une belle amitié (et un bon gueuleton) à cause d’un simple manque d’informations.

Donc, à l’attention d’improbables admirateurs qui souhaiteraient m’inviter à manger, voici cinq pratiques gastronomiques de Mr. Kiki :

 

1 Je suis un oléivore. Je consomme des olives en grande quantité (environ deux louches tous les midis). Parfois, je garde même quelques noyaux dans mes poches pour les ronger plus tard, au grand dam de mon épouse qui les retrouve de temps en temps dans le fond de la machine à laver.

2 Je suis un guildivophile. Je suis un grand amateur de rhum. A l’apéro, je prends principalement du rhum, sans aucun aditif. Pas de soda, pas de jus, pas de sirop de sucre ni de glace. Rien que du rhum. A la maison, je fustige allègrement l’utilisation de ce fabuleux breuvage comme ingrédient aromatique dans les recettes de cuisine. Certains pensent que j’étais marin dans une autre vie.

3 Je suis un avelinophage. Quand je commence à taper dans un panier de noisettes, je deviens hystérique. Je casse et mange de manière compulsive les noisettes les unes derrière les autres sans pouvoir m’arrêter. Et gare à celui qui tente de m'enlever le casse-noisette. Il prend le risque de se faire mordre, car me piquer le casse-noisette est un crime de lèse-Kiki qui me rend particulièrement agressif.

4 Je suis un camelomimus. Je ne bois pratiquement jamais d’eau à table, et quand j’en bois, elle est « à bulles ». A la cantine, je ne prends même pas de verre. Cela surprend beaucoup mes collègues qui me surnomme le chameau.

5 Je suis un caféïnoman. Je ne bois jamais d’eau, mais je consomme plus d’un litre de café par jour. On dit que cela empêche de dormir. C’est possible, mais pour le vérifier, il faudrait que j’arrête le café et que je me mettes à boire de l’eau. Et ça, il n’en est pas question !!!

 

Voilà.

 

Image5C’est maintenant le moment du traditionnel passage de relais.

Alors, je choisis… Je choisis…

Et bien non, je ne choisis pas ! D’abord parce que je ne suis pas curieux. Je ne veux obliger personne et je laisse à chacun le soin de se faire connaître comme bon lui semble. Je ne veux pas non plus que quelqu’un m’en veuille pour l’avoir désigné, ou pour ne pas l’avoir désigné. Donc j’innove. Je fais appelle au volontariat. Que ceux qui veulent dévoiler cinq choses peu connues sur eux-même s’inscrivent ci-dessous.

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Quant à moi, si je me plie volontiers à ce genre d’exercice, c'est que ça me donne une occasion de plus de raconter N’importe-quoi !

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27 janvier 2007 6 27 /01 /janvier /2007 00:00

Comme quelques uns d’entre vous, j’occupe mes journées à travailler. J’aime bien ce que je fais. De toute façon, quand je n’aime pas, je ne fais pas… Ça n’était pas évident au départ car pour moi, travail n’a jamais rimé avec plaisir, et j’ai mis longtemps à trouver une activité capable de concilier les deux. J’ai eu du mal à trouver ma voie.

Ma longue quête commença dès les premières années d’école. Quand on m’interrogeait sur mon futur métier, je répondais que plus tard, je voulais être « Daktari ». Daktari était une série télévisée dont l’action se déroulait quelque part en Afrique, dans un centre d’études sur le comportement animal. Parmi les pensionnaires du centre, il y avait Judy, la guenon polissonne et Clarence, un bon gros lion atteint de strabisme. Pour ma maman, avoir un diplôme était quelque chose de très important, d’essentiel même. Or le système éducatif ne proposait pas de diplôme de Daktari. Et pour raccrocher mon souhait à quelque chose de connu, elle le reformulait de la façon suivante :

« Ah, tu veux t’occuper des animaux ! Tu veux être vétérinaire, hein ?!? »

Et cherchant à susciter en moi un intérêt pour l’école, elle ajoutait :

« Mais tu sais, pour être vétérinaire, il faut avoir de bonnes notes à l’école. Et si tu travailles bien, tu pourras même devenir Ingénieur. »

Ma mère a toujours voulu que je devienne Ingénieur. Moi, Ingénieur, je ne savais pas ce que c’était. Vétérinaire non plus, d’ailleurs. Non, moi, je voulais juste être Daktari. Je voulais me balader en jeep dans la savane avec un singe assis à côté de moi et un lion qui louche à l’arrière.

Ben quoi ? Et pourquoi se balader en jeep ça ne serait pas un métier ?

Et puis, c’est quoi cette histoire de bonnes notes ?

Je voulais bien en en ramener, des bonnes notes. Mais l’institutrice ne m’en donnait pas. Qu’est-ce que je pouvais y faire ? « Arrête de rêver en classe et écoute la maîtresse » me répondait-on.

J’ai vite compris que je devais éviter de me laisser entraîner dans des discussions sur mon avenir. Cela dérapait fatalement sur l’évocation de mes performances scolaires, sujet brûlant que je préférais ne pas aborder tant je craignais qu’on me refasse faire à la maison ce que j’avais manqué en classe. J’ai donc mis au point une parade infaillible. Quand on me demandait ce que je voulais faire plus tard, je répondais croque-mort. L’idée paraissait tellement curieuse qu’on se souciait plus de savoir pourquoi, que de me dire que je devais bien travailler en classe pour y arriver.

Je quittai ainsi l’école élémentaire, sans vraiment savoir ce que je voulais faire plus tard. Ma mère, qui ne doutait pas de mes grandes capacités, essayait de me pousser à étudier :

« Bon maintenant, c’est du sérieux. Il va falloir travailler si tu veux devenir Ingénieur. »

Mais comme rien n’y faisait, elle ajoutait pour me motiver :

« Si tu ne travailles pas mieux, tu ramasseras les Caddies sur le parking de Carrefour. »

Je précise qu’à l’époque on ne rangeait pas soi-même son chariot. Quand on avait vidé les courses dans le coffre de la voiture, on le balançait un peu plus loin, et un préposé aux Caddies venait le chercher pour le ramener à l’entrée du magasin. Je n’avais plus de questions à me poser sur mon futur métier. Ma voie était toute tracée. Je savais que serai ramasseur de Caddies chez Carrefour. Jusqu'au jour maudit où un sinistre individu sorti d’on ne sait quelle école d’Ingénieurs inventa un système de consigne pour les chariots de supermarché. En quelques mois, toutes les grandes surfaces adoptèrent cette invention diabolique. Mon avenir était sérieusement compromis.

Sur le plan scolaire, je ne faisais pas des étincelles. J’étais un élève moyen. Mais pas un moyen homogène. Je n’étais pas moyen partout et tout le temps. Je savais ponctuellement fournir l’effort nécessaire pour compenser en deux ou trois interrogations toutes les mauvaises notes d’un trimestre. Cela exaspérait certains de mes professeurs qui voulurent me le faire payer en fin de troisième. Ceux chez qui je travaillais soutenaient mon passage en seconde. On m’a raconté que mon cas avait déclenché dans le collège une guerre des profs qui dura quelques années.

Je passai en seconde de justesse. Mais pour faire quoi ? Manquant d’inspiration, je me laissai convaincre de perpétuer la tradition familiale. Petit-fils de mécanicien, fils de mécanicien, j’étudierai aussi la mécanique. Et j’entrai dans un lycée à Paris, espérant trouver un centre d’intérêt dans les matières techniques. Encore raté. En cours, je ne parvenais pas à rester concentré et je décorais mes cahiers et ceux de mes voisins de table en gribouillant des escargots. Dans les médias, le chômage était déjà une préoccupation majeure. Je trouvais l’idée très sympathique. J’avais, me semblait-il, toutes les compétences requises pour en faire ma profession. Mais mes aspirations n’étaient pas du goût de mes parents. Ma mère commençait à désespérer :

« C’est pas comme ça que tu deviendras Ingénieur…»

J’obtins quand même mon BAC. Ce miracle m’aurait presque rendu croyant. J’envisageais même de devenir moine (paillard, cela va de soi), mais le conseiller d’orientation du lycée n’avait pas d’informations sur les formations à suivre. Ne sachant toujours pas que choisir, je continuai sur ma lancée avec un BTS en fabrication mécanique. La dernière année fut laborieuse. Les Transports bloqués par le froid, la grève SNCF et la grève étudiante ont fini de saper le peu motivation qui me restait. J’ai raté l’examen. Raté de peu, mais raté quand même. Et impossible de redoubler car la filière disparaissait l’année suivante. Quand je rate quelque chose, je ne le rate pas qu’à moitié.

Plan01

Pour mes parents, il n’était pas question que j’en reste là. Cédant à la pression familiale, je dus choisir un autre cycle d’étude. J’optai encore une fois pour un cycle court, histoire de mettre rapidement fin à mon calvaire car, j’en étais convaincu, je n’étais pas fait pour les études. Ma mère s’était résignée :

« Tu ne seras jamais ingénieur. »

Pour la consoler, j’essayais de faire valoir que BAC+2+2, c’était un peu comme BAC+4. Mais cela ne marchait pas. L’arithmétique du diplôme est une discipline beaucoup plus complexe qu’il n’y parait. J’ai posé des dossiers de candidature en BTS dans plusieurs écoles, et je me suis inscrit dans la première qui répondit favorablement. C’était un BTS en Informatique de gestion. Après cinq ans en mécanique, je faisais plutôt tâche. Dans les cours d’économie et de compta j’avais l’air d’un guerrier barbare qui apprend la broderie anglaise. Heureusement, côté informatique, j’avais largement le niveau, ce qui me permit de passer l’examen avec succès (Ouf !).

Je fis un stage en entreprise durant lequel je passais mon temps à programmer. Apparemment, c’était ça ma vocation. Les personnes pour qui je travaillais partageaient cet avis, car pendant que je faisais mon service militaire (ça existait encore à l’époque), elles ont créé un poste d’informaticien et m’ont écrit pour que je vienne l’occuper : Je suis devenu un analyste programmeur.

 

Finalement, je ne m’en sort pas trop mal. J’ai un diplôme, un travail et je n’ai jamais été au chômage. Seule ma maman soupire encore avec un air de regret :

« Ah, si tu avais voulu, tu serais Ingénieur… »

 

De ce passé peu glorieux, il ne me reste que quelques séquelles. Aujourd’hui, quand on me demande ce que je fais dans la vie, au lieu de dire informaticien ou analyste programmeur, comme tout le monde, je réponds « Tripoteur de bits ». Forcement, après toutes ces années passées à éluder les questions sur mon avenir professionnel, j’ai pris l’habitude répondre N’importe-quoi.

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26 janvier 2007 5 26 /01 /janvier /2007 01:26

Mercredi, en regardant jouer les enfants dans la neige, je me suis souvenu de cette chanson de Gérad Lenormand. Elle m'avait marqué quand j'étais plus jeune. J'avais l'impression qu'elle racontait mon histoire...

 

 

Les matins d'hiver

Paroles et Musique: Richard Seff, Daniel Seff 1972
© 1972 Disque CBS

Je me souviens de ces matins d'hiver
Dans la nuit sombre et glacée
Quand je marchais à côté de mon frère
Sur le chemin des écoliers
Quand nos membres encore tout engourdis
De sommeil, grelottaient sous les assauts du vent
Nous nous battions à grands coups de boule de neige
En riant

Nous arrivions dans la salle de classe
Où le maître nous séparait
Nous retrouvions chaque jour notre place
Et nous ne pouvions plus se parler
Puis bercés par les vagues d'une douce chaleur
Que nous prodiguait le vieux poêle
Nos esprits s'évadaient pour se rejoindre ailleurs
Vers des plages

Où il fait toujours beau où tous les jours sont chauds
Où l'on passe sa vie à jouer
Sans songer à l'école, en pleine liberté
Pour rêver

Je me souviens de l'odeur pâle et chaude
De notre classe calfeutrée
Des premières lueurs pâles de l'aube
A travers les vitres givrées
Je revois les yeux tendres et les visages tristes
Qui autour de moi écoutaient
Et pendant les leçons dans mon coin je rêvais
A des îles

Où il fait toujours beau où tous les jours sont chauds
Où l'on passe sa vie à jouer
Sans songer à l'école, en pleine liberté
Pour rêver

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21 janvier 2007 7 21 /01 /janvier /2007 22:55

Le Kikimundo investit beaucoup dans la Recherche scientifique. A force de persévérance, nos plus grands savants ont réussi à mettre au point une nouvelle forme d’énergie capable d’alimenter un véhicule de transport inter-dimensionnel. Ce carburant révolutionnaire est produit par le traitement d’une matière première au potentiel énergétique exceptionnel : L’image.

L’image agit sur moi comme un déclencheur et donne le signal du départ vers l’ailleurs. Une image en appelle une autre, qui en appelle une autre, qui en appelle une autre… Cette réaction en chaîne m’entraîne dans un voyage où la réalité physique s’estompe peu à peu, où le monde connu ne devient qu’illusion. Toutes les images ne produisent pas le même effet. Je n’ai, par exemple, jamais rien pu tirer d’un catalogue Castorama ou d’une affiche électorale. D’autres, au contraire, sont d’une telle richesse que la réaction obtenue m’envoie instantanément dans une autre dimension. Une dimension qui englobe des concepts à la fois scientifiques et philosophiques, où se mêlent l’espace, le temps et l’infini.

Mais d’où vient cette différence ? Pourquoi certaines images font voyager et pas d’autres ?

Pour comprendre ce phénomène, j’ai procédé à quelques expériences en laboratoire sur un sujet vivant. Je tiens à rassurer les amis des animaux : Le sujet vivant, c’était moi-même. Donc inutile d’organiser une manifestation devant notre ambassade. L’analyse des résultats m’a permis d’isoler un des principes fondamentaux du voyage inter-dimensionnel. Je l’ai baptisé l’Effet « Vache qui rit ». Sur sa boite, cette célèbre marque de fromage fondu nous propose un logo représentant une vache qui porte en boucles d’oreilles une boite de « Vache qui rit » sur laquelle on peut voir une vache qui porte en boucles d’oreilles… et ainsi de suite.

Oui, je sais. Effet « Vache qui rit », ça ne fait pas très scientifique. J’aurais pu décrire ce phénomène par un processus appelant une fonction récursive, mais la majorité des Kikimundais s’y connaît plus en « Vache qui rit » qu’en algorithmique, alors...

Quand j’étais enfant, je passais de longs moments à méditer devant cette fameuse boite de fromage. Je plongeais dans l’infiniment petit et je voyais entre mes mains des millions de petites vaches rouges, et pour chaque vache, une représentation de moi-même tenant une boite de fromage. Ou alors, en remontant la chaîne des images, je me demandant si je n’étais pas qu’un simple dessin décorant l’oreille d’une vache, remettant en question ma propre existence matérielle.

Par leurs œuvres, de nombreux artistes m’ont transporté dans d'autres mondes. Mais il en est un dont les gravures produisent instantanément sur moi l’Effet « Vache qui rit ». Il s’agit de Maurits Cornelis Escher.


M.C. Escher naquit en Hollande en 1898. En 1922, il arrêta ses études à l'école d'architecture et des arts décoratifs de Haarlem. Il fit alors plusieurs voyages autour de la méditerranée pour dessiner les monuments et les paysages, et particulièrement en Italie où il rencontra sa femme. Ils y vécurent jusqu’en 1935. Puis, fuyant la montée du fascisme, Escher partit pour la Suisse. Au bout de deux ans il s’installa en Belgique et en 1941, il retourna dans son pays natal où il mourut en 1972.

Ses œuvres les plus connues ont été réalisées après 1937, période à laquelle Escher cesse de représenter la réalité et met en image son monde intérieur. Un monde peuplé de figures géométriques remplissant un espace infini, et de paradoxes visuels formant des lieux irréels.

Inspiré par l’art de la mosaïque maure, Escher travaille sur les remplissages du plan et produit une série de gravures représentant des motifs semblables s’imbriquant les uns dans les autres en donnant l’impression de se répéter à l’infini.

 

Cliquez sur une image pour l'agrandir

 

 

Il produit des variations sur ce thème avec ses métamorphoses, où les motifs se transforment progressivement par changement de forme et de couleur, faisant apparaître de nouveaux motifs.

Sa rencontre avec des mathématiciens et l’amitié qu’il leur porte influence grandement son œuvre. Il trouve dans leurs travaux les ressources lui permettant d’exprimer des représentations finies de l'infini.

Il exploite également les phénomènes d’optique comme le cube de Necker ou l'escalier de Penrose. En utilisant des astuces de perspective, il crée une série de gravure représentant des constructions impossibles, comme cet escalier carré dont les deux extrémités se rejoignent en donnant l'impression qu’on pourrait le monter ou le descendre perpétuellement.

 

Cliquez sur une image pour l'agrandir

Tout le monde a vu au moins une fois une de ses œuvres, que ce soit dans un magazine, affiché sur le mur d’une salle d’attente, en puzzle ou autre produit dérivé… les gravures de M.C. Escher ont inspiré et inspirent encore beaucoup de gens.


En fouillant dans mes archives, j’ai exhumé un dessin façon Escher que j’avais réalisé en guise de carte d’anniversaire pour Monsieur Nono, à qui nous avions offert un livre sur cet artiste. Cela m’a donné envie d’écrire le billet que voici. C’est ma façon de rendre hommage à Monsieur Escher et à son travail.


Je vous invite à vous rendre sur le
site officiel M.C.Escher. Vous y trouverez plus d'informations, plus d'images, et surtout moins de N'importe-quoi.

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18 janvier 2007 4 18 /01 /janvier /2007 21:19

Vous est-il déjà arrivé de faire quelque chose de stupide. Un truc tellement énorme, qu’immédiatement après l’avoir fait vous vous dites « Mais c’est pas vrai ! Qu’est-ce que je suis bête ! ». Cela peut arriver à n’importe qui, même à des gens très biens. Même ma chère épouse, notre gardienne des traditions qui, bien que sans barbe, incarne la sagesse au Kikimundo, agit ponctuellement façon inconsidérée. Un jour qu’elle faisait cuire des magrets de canard, elle a vidé la graisse fondue dans le premier récipient qui lui est tombé sous la main. C’était un récipient en plastique, et elle avait oublié que la graisse de canard fondue c’est TRES chaud. En quelques secondes, le bol avait perdu la moitié de sa hauteur.
« Oh, zut ! J’aurais du y penser ! »

Une aventure presque identique arriva à une amie qui tentait de dégeler au four à micro-ondes une oie bien grasse dans un plat trop petit. Du salon où nous discutions, elle entendit un clapotis qui venait de la cuisine. Elle se leva pour vérifier si un robinet n’était pas resté ouvert, et constata avec horreur que la graisse d’oie liquide sortait du four et coulait en cascade sur le sol de la cuisine.
« Que je suis bête ! Je n’ai pas réfléchi ! »

Ma maman, réputée pour ce genre d’exploit, a récemment rempli le compartiment rinçage de son lave-vaisselle avec du savon liquide. Venant vérifier où en était le cycle de lavage, elle dut contempler impuissante, la mousse qui s’échappait de la machine et qui envahissait peu à peu la pièce.
« Ben, mince alors ! Je n’ai pas lu l’étiquette ! »

Je peux encore citer le coup du plein de super dans la voiture diesel, celui de la porte de la maison fermée avec les clés à l’intérieur, ou encore l’histoire du bain moussant dans le jacuzzi… Tout le monde peut commettre ce genre d’erreur. On les attribue en général à une faute d’inattention.
J’ai également eu des expériences semblables. Mais il en est une qui bouleversa ma façon de percevoir le monde.
C’était au temps des pulls en nylon aux couleurs criardes et des coupes de cheveux qu’on ne voit plus aujourd’hui que dans les vieux épisodes de Starsky et Hutch. Les verts étaient champions de France de football et Stone et Charden chantaient Made in Normandie. J’étais à l’école primaire. C’était la fin de l’après-midi. Mes camarades et moi attendions sous le préau qu’on vienne nous chercher pour rejoindre le bus scolaire qui devait nous ramener à la maison. Les autres s’occupaient en jouant aux billes où à la corde à sauter, où s’échangeaient des images de foot. Moi, je déambulais au hasard, laissant à mes pieds leur propre autonomie tandis que mon esprit tentait de percer les secrets de l’Univers. J’avais déjà à l’époque la réputation d’être un peu « ailleurs ». C’est du moins ce que laissent penser les commentaires laissés par mes instituteurs sur mes bulletins scolaires. Je vagabondais donc dans un autre monde, sur un sentier pavé de pensées chaotiques, fermant les yeux de temps en temps pour mieux filtrer les interférences extérieures. C’est alors qu’une curieuse question vint s’insinuer lentement en moi. Au début, je n’y fis pas attention, et je continuais mon errance mentale. Mais la question revînt, et revînt encore, jusqu'à ce qu’elle occupe entièrement mon esprit. Je sortis soudain de ma rêverie, obsédé par cette question : « Ça fait quoi de courir les yeux fermés ? »

J’avais bien une hypothèse à ce sujet. Ça doit vraiment faire bizarre, de se sentir toucher le sol à pleine vitesse sans voir avant où on pose les pieds. Mais je devais en avoir le cœur net et je ne voyais qu’une façon de trouver une réponse. Je devais expérimenter. L'expérimentation, nous dit-on, est une méthode scientifique qui consiste à tester par des expériences la validité d'une hypothèse. En expérimentant, j’allais me lancer dans la recherche scientifique.
Quelle belle invention que la science ! Elle permet à l’Homme d’améliorer sa condition en approfondissant sa connaissance du monde. Savez-vous, par exemple, que des travaux de recherche universitaires ont montré qu'on pouvait potentiellement utiliser les escargots comme biomarqueurs de la pollution atmosphérique par les hydrocarbures aromatiques polycycliques. J’en suis tout retourné.
Je préparai donc mon expérience avec minutie. Je choisis un point d’origine qui me permettrait une trajectoire rectiligne dégagée de tout obstacle. Je fermai les yeux. Je pris une profonde inspiration, et me voilà parti.

Une foulée, deux foulées… Chaque fois que je touchais terre, je ressentais intensément les vibrations dues au choc qui remontaient le long de mes jambes.

Trois foulées, quatre foulées… Mon hypothèse se confirmait. La fraction de seconde durant laquelle j’étais suspendu en l’air semblait se rallonger. L’attente du contact avec le sol me donnait l’impression d’être un court instant en lévitation. La sensation était vraiment étrange, grisante.

Cinq foulées, six foul[…]

Quand je rouvris les yeux, j’étais assis devant un des piliers en béton qui soutenaient le toit du préau. J’étais un peu sonné et j’avais terriblement mal à la tête. Je me frottai le front et sentis sous mes doigts une énorme bosse. Mais qu’est-ce que je faisais là ? J’ai très vite compris que l’absence de repères visuels m’avait désorienté et que je n’avais pas pu maintenir la trajectoire initialement prévue. Sur le coup, je me suis senti un peu bête. Je ne pouvais même pas dire : « Je ne l’ai pas fais exprès ». Et à tous ceux qui me demandaient « Ben qu’est-ce qu’il t’est arrivé ? », je répondais que je m’étais cogné, passant sous silence les circonstances de l’accident.
En y repensant aujourd’hui, je me dis que cette expérience, bien qu’elle fut brutalement interrompue, n’était pas un échec complet puisqu’elle m’a fait prendre conscience que quoi qu’on fasse, il y a un risque d’effets secondaires, et qu’il peut toujours arriver N’importe-quoi.

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13 janvier 2007 6 13 /01 /janvier /2007 09:40

La nouvelle est tombée sur nos téléscripteurs. Elle a fait l’effet d’une bombe dans notre monde virtuel. Dans sa « non-chronique » du 12 janvier 2007, Monsieur Thom a déclaré « Je suis amoureux ».

Cher Monsieur Thom, au nom de tous les Kikimundais, je vous souhaite, à vous et ainsi qu’à Madame Aphrodite, de vivre heureux et très longtemps ensemble.

En lisant la déclaration de Monsieur Thom, je me suis aperçu que je l'enviais un peu. Non pas d’être amoureux, car de ce côté là, je suis bien servi. Il y a deux décennies, j’ai rencontré l’élue de mon cœur et depuis, mon amour pour elle n’a cessé de croître. Non, j’envie à Thom sa maîtrise de l’écriture et de la communication, et sa capacité à exprimer ce qu’il ressent. Car coté communication, je suis plutôt coincé. Parler avec quelqu’un ou exprimer quelque chose me demande un véritable effort. Effort que je fournis d’ailleurs rarement tant l’intérêt que je porte à la chose est minime. Cela me fait passer aux yeux de beaucoup pour une bête curieuse, un monstre de foire. Pour certains de mes collègues, je suis un extra-terrestre. D’autres me surnomment l’autiste. Une copine m’a même trouvé un profil schizoïde. Je trouve ça amusant, toute ces étiquettes qu’on vous colle. C’est d’autant plus rigolo qu’elles ne tiennent pas sur moi. Ça fait au moins trente ans qu’une partie des gens que je côtoie pense que je suis fou. J’ai eu le temps de me blinder, et l’opinion des autres à mon encontre me laisse totalement indifférent. J’adore pourtant écouter parler les gens. Je réponds volontiers aux questions qu’on me pose, mais de façon (trop ?) synthétique et je ne suis jamais à l’origine d’une conversation.

Je n’ai pas l’ambition de devenir un conteur professionnel ou champion du papotage, comme ma sœur qui est capable de tenir une heure sur « A midi j’ai mangé des nouilles » ( bon, elle est coiffeuse, ça fait un peu parti du métier). Mais lorsque je suis en tête à tête avec quelqu’un et que je sens cette personne gênée par mon silence, j’aimerai être capable d’un peu plus ou d’un peu mieux communiquer...

Au chapitre des sentiments, c’est encore pire. Je fais carrément un blocage. Impossible d’exprimer quoi que ce soit sans que cela ne se termine par une pirouette. Et Hop ! C’est à se demander comment j’ai pu séduire ma bien-aimée. Peut-être a-t-elle été attirée par cette particularité physique qui me distingue du commun des mortels, mais que je ne peux dévoiler ici de crainte d’en rendre plus d’un jaloux.

Non, n’insistez pas, je vous dis…

Bon d’accord, mais c’est bien parce que c’est vous. En fait, je sais bouger les oreilles sans les toucher. Ah ! Ça vous la coupe, hein ?!? (Ça y est, Mr. Kiki, vous vous défilez une fois de plus…) Concernant l’expression de mes sentiments, j’ai fait une tentative dans ma folle jeunesse. Il y a très longtemps, j’ai essayé d’écrire un poème pour Mon Amour. Un beau poème écrit tout en gothique, avec des enluminures et tout et tout… J’ai bien dis « essayé », car au final, c’était plutôt N’importe-quoi.

 

Jugez plutôt.

 

Gens qui passez, oyez l’histoire
De cet escargot pathétique
Qui tomba amoureux un soir
D’une limace romantique.
Il s’appelait Escargolio
Et il aurait voulu parler
A la dame de ses pensées
Sans pour autant paraître idiot.


Aussi conseil demanda-t-il
A un ami qui déclara
« Ça ne va pas être facile,
Je connais bien cette fille là.
Elle n’accepte d’écouter
Que des poèmes parlant d’amour,
Et si tu veux lui faire la cour
Il te faudra lui réciter
Des vers de ta composition. »


Escargolio le remercia
Et pour trouver l’inspiration
Prés d’un étang il s’en alla.
Il s’installa au bord de l’eau
Et observant les alentours
Il fit rimer deux ou trois mots
Ayant un lien avec l’amour.
Il travailla si ardemment
Qu’il composa au crépuscule
Un court poème s’intitulant
La grenouille et la libellule.


Comme il était content de lui
Escargolio le cœur léger
Se mit en route sans plus tarder
Afin de retrouver sa mie.
Et quand enfin il l’aborda
Il se mit à lui réciter
Les vers qu’il avait composé,
Mais à peine eut-il commencé
Que la limace effarouchée
Tourna la tête et s’en alla.

Frères sachez que si un jour
Vous avez à chanter l’amour
En vers, évitez d’employer
Des rimes en « ouille » ou bien en « ule »
Pour ne pas être ridicule
Et passer pour un obsédé.

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10 janvier 2007 3 10 /01 /janvier /2007 00:20

Lors d'un récent déplacement dans la blogosphere, j'ai fais une escale au café littéraire de Gaëlle. J'y ai dégusté un texte succulent, "Mes premières amours" (20 décembre 2006). Madame Gaëlle nous emmène dans un voyage onirique et nous fait partager les images que produit en elle l'alchimie des mots.
Cette lecture m'a remis en mémoire une anecdote assez pénible qui mit, hélas, fin à mon statut de dieu vivant.

Pour placer l'histoire dans son contexte, je dois vous dire que le Kikimundo diffuse de temps en temps sur ses ondes un vieux disque de Serge Reggiani(1967). Celui y chante ou récite les textes de grands auteurs (B.Vian, G.Moustaki, A.Rimbaud, G.Appolinaire...). Ce disque commence par la chanson "Les loups sont entrés dans Paris" dont le texte d'Albert Vidalie se marie parfaitement à la musique de Louis Bessières, le tout créant une atmosphère sombre et une tension dont l'intensité ne fait que croître. Impression renforcée par l'interprétation de Reggiani qui chante cette histoire comme s'il l'avait vraiment vécu, tant et si bien qu'a la fin on y croit (enfin presque).
Les enfants adorent ce titre. Cela se comprend aisément car dans leur imaginaire, le loup tient une place prépondérante. Il faut dire qu'on leur en fait bouffer, du loup, à nos marmots : histoires, fables, contes, chansons, comptines... A croire qu'une des distractions favorites des adultes est de terroriser les gamins pour mieux les rassurer ensuite.

Notre récit commence à la maison, un jour où j'écoutais ce disque de Serge Reggiani. Les enfants jouaient prés de moi dans le salon, et je pus constater une nouvelle fois leur fascination pour la chanson des loups. Dès les premières notes, ils cessèrent leurs activités pour profiter pleinement de l'histoire.

(introduction parlée)
Et si c'était une nuit comme on n'en connut plus depuis cent mille nuits
Une nuit de fer, une nuit de sang, une nuit...
Un chien hurle !
Regardez bien gens de Denfert, regardez-le :
Sous son manteau de bronze vert le lion tremble.

La dernière phrase de l'introduction n'a pas manqué d'interpeller notre aînée, la blondinette qu'on surnomme Madame Pourquoi. Le mot "pourquoi" a une importance majeure dans son vocabulaire, si bien que toute petite, on se demandait parfois si elle savait dire autre chose. Donc, Madame Pourquoi, faisant honneur à son surnom, nous demanda :
"Et pourquoi le lion il a un manteau vert ?"
Je ne m'étais jamais rendu compte à quel point cette image prise au premier degré pouvait paraître étrange. L'idée du lion dans un gros manteau ne m'avait jamais traversé l'esprit car depuis ma plus tendre enfance, j'étais passé des milliers de fois devant ce lion et je l'avais toujours vu vert et sans manteau...

 

Moi - "Mais non ma chérie, le lion n'a pas de manteau. C'est une statue en bronze qui est sur une place à Paris. Et le bronze, quand ça vieillit, et ben ça devient vert."
Elle - "Et on pourra aller voir le lion vert ?"
Moi - "Mais oui, mon petit boudin mou, on ira voir le lion."
Elle - "Non, pas petit boudin mou, petit bout d'amour !"

Nous avions justement prévu, cet été, des vacances culturelles à Paris, avec, au programme, la collection égyptienne du Louvre, Notre-Dame de Paris, le manège d'Amélie Poulain au pied de la butte Montmartre, le bistro préféré de Maman quand elle étudiait en France... Nous avons donc ajouté à notre liste "Denfert-rochereau" avec ses catacombes et son lion vert.
Au mois d'août, nous sommes montés à la capitale. Nos filles appréciaient vraiment leur séjour parisien. Pour nous, les parents, c'était moins évident car nous devions canaliser l'imagination débordante de notre benjamin qui chaque jour s'inventait un nouveau challenge, comme souffler toutes les bougies de Notre-Dame, par exemple. A l'époque, son nom de code était Expérience 6.2.6, en référence au petit monstre bleu de "Lilo & Stitch" (Walt Disney). Il tenait bien son rang au Top-ten des armes de destruction massive.

 

Puis, vint le jour de notre excursion dans le XIVème arrondissement.
Sortis du RER, nous faisions le tour de la place Denfert-rochereau à la recherche de l'entrée des catacombes quand soudain, notre blondinette s'est écriée : "Eh Papa, il est pas vert, le lion !"
Je tournais la tête et... Effectivement, le lion n'était plus vert. Il était bronze. C'était en 2002, quelques mois après sa restauration.

Et voila comment quelques mots dans une chanson m'ont décrédibilisé à jamais aux yeux de mes enfants.
"Ah là là, ce Papa, il raconte vraiment N'importe-quoi !"

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7 janvier 2007 7 07 /01 /janvier /2007 18:03

Depuis sa création, le Kikimundo rêve d'une reconnaissance internationale et caresse le secret espoir de devenir un jour membre de L'Organisation des Nations Unies. Mais pour y parvenir, nous devrons travailler notre image afin de mieux nous faire connaître des autres nations. On n'entre pas comme ça dans la cour des grands...
En effet, tous les pays se dotent de symboles incarnant l'esprit de la nation, et pour ne pas faire pâle figure à côté autres, nous devons dès aujourd'hui définir nos propres symboles. Ils permettront à chaque citoyen de se reconnaître dans nos idéaux et d'affirmer notre identité kikimundaise au monde entier en véhiculant nos valeurs fondamentales.

Les Etats ont coutume de choisir un animal emblématique pour se représenter. Citons par exemple le coq français, l'aigle à tête blanche américain, le kangourou en Australie ou encore le phoque pour les Grecs. Notez, pour ce dernier exemple, qu'il n'existe pas de texte officiel. Il s'agirait plutôt d'une légende populaire prêtant aux Grecs et aux phoques un goût commun pour des moeurs dissolues qui ont ruiné la réputation des cités bibliques de Sodome et Gomorrhe. Pour en revenir à notre emblème, à l'époque où je mécaniquais comme une bête dans un lycée technique parisien, j'ai adopté un petit gastéropode. Depuis, cet animal doux et affectueux m'accompagne partout et je l'utilise souvent comme messager, quand je corresponds avec un mes proches ou encore pour faire part d'un évènement familial. Et c'est pour rendre hommage à ce fidèle compagnon qui m'accompagne depuis prés d'un quart de siècle, que le Kikimundo choisit l'escargot comme emblème de la nation. Dans l'inconscient collectif, la bête à cornes est synonyme de force et de puissance. Bon d'accord, ça ne s'applique pas à l'escargot qu'on associe plutôt à la lenteur. Qualificatif qui, du reste, correspond parfaitement à ma capacité de production en terme de chroniques (vous vous en rendrez assez vite compte en visitant régulièrement le Kikimundo).

Dans la série des symboles nationaux, il nous faut aussi un drapeau. Un drapeau derrière lequel se ralliera notre peuple pour défendre les idéaux immortels de la nation. Un drapeau que les Kikimundais seront fiers d'arborer lors des cérémonies d'ouvertures aux jeux olympiques. Et puisque nous avons un emblème, autant l'utiliser. Je vois bien au centre du drapeau une spirale représentant symboliquement notre ami l'escargot, et dans le coin sud-ouest, un disque dans un cercle rappelant que le Kikimundo est une enclave. Pour les couleurs, pas besoin d'aller chercher très loin : La plupart du temps, notre pays se situe en Midi-Pyrénées, nous adopterons donc les couleurs de cette région pour notre propre drapeau, histoire de ne pas trop faire tâche.

Et pour compléter la panoplie, il ne nous maque plus qu'un hymne national. Ben oui, évidement. Il en faut bien pour tout le monde. Les aveugles aussi ont le droit de subir les symboles nationaux. Et puis, le jour où le Kikimundo remportera une épreuve sportive dans une compétition internationale, on aura l'air malin sans hymne national.
Il faut donc trouver un air entraînant et facile à retenir. J'ai pensé en premier lieu à "La bite à Dudule", chanson qu'on peut utiliser en toute occasion. Je l'ai moi-même essayé en berceuse sur mes enfants quand ils étaient nourrissons. C'est très efficace ! Le problème avec ce chant pittoresque, c'est qu'il ne recueille pas l'adhésion de toute la population. En effet, notre gardienne des traditions et du savoir-vivre refuse catégoriquement de le chanter. Je me suis donc concentré sur notre emblème et, comble du hasard, notre animal fétiche à donné son nom à une comptine que nos pitchous ont appris en maternelle : Petit escargot.
Mes chers amis, levons nous et chantons tous ensemble l'hymne du Kikimundo.

Petit escargot
Porte sur son dos
Sa maisonnette
Aussitôt qu'il pleut
Il est tout heureux
Et sort sa tête.

Merci à tous. (Ça va donner lors des cérémonies protocolaires.)

Et voila. Avec son emblème, son drapeau et son hymne, le Kikimundo se met sur un pied d'égalité avec les autres nations. On pourrait trouver aussi une devise, une phrase sortie d'on ne sait où, avec un sens caché à laquelle on peut trouver une demi-douzaine d'interprétations. Ou même une phrase en latin.
Enfin... Je préfère qu'on en reste là pour l'instant, car à trop abuser des symboles, ça va vite devenir N'importe-quoi.

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4 janvier 2007 4 04 /01 /janvier /2007 21:34

Mais par quoi vais-je commencer cette nouvelle année ?!? Mais oui, bien sur ! Où avais-je la tête ?

Bonne et Heureuse année 2007.

Eh oui, pendant le mois janvier, il est de bon ton de se souhaiter la bonne année.
Le Kikimundo considère cette coutume comme insolite, mais pour ne pas créer d'incident diplomatique, je me plie volontiers à la tradition. Vous vous dites sûrement :
       "Il nous a déjà fait un sketch avec Noël. Qu'a-t-il encore contre les voeux de Bonne année ?"
Ben rien, justement. Cela fait partie des choses qu'on fait machinalement, sans se soucier de la valeur du geste. Se souhaiter la bonne année ne signifie plus grand chose. Le professeur Kiki, coutuminsolitologue de renom, a montré que l'évolution constante de notre échelle temporelle est incompatible avec un souhait de bonheur sur une période définie et que par conséquent, cette étrange pratique est totalement vide de sens. Je vais tenter de vous refaire la démonstration.

Au Kikimundo, le monde se sépare en deux - Là, j'imagine déjà vos commentaires :
       "Ah, ça y est ! Il nous fait Clint Eastwood dans Le bon la brute et le truand."
       "C'est une vision trop manichéenne du monde."
       "Rien n'est jamais tout blanc ou tout noir."...

Je suis d'accord avec tout ça, mais là, j'essaye de simplifier. Je ne vais quand même pas vous la faire en 256 nuances de gris, parce que là, on n'est pas couché. Et puis j'adore les westerns spaghettis - Donc, écrivais-je, le monde se sépare en deux :

Il y a "mes proches", catégorie regroupant les personnes qui, comme son nom l'indique, me sont proches, celles auxquelles je suis plus ou moins attaché (Ah! Vous voyez que je peux mettre des nuances...) et à qui il me semble superflu de souhaiter une bonne année car la nature de nos relations est telle que mes voeux de bonheur à leur égard n'ont pas de date de péremption. Pas d'abonnement annuel à renouveler. J'espère toujours le meilleur pour eux et je l'exprime dès que l'occasion se présente, ce qui ne fait que renforcer nos liens affectifs et nous rend encore plus proches. Mais bon, je leur souhaite quand même la bonne année car c'est la tradition, et chez nous, on ne plaisante pas avec la tradition.

Et il y a "Les autres". Ces dizaines, voir ces centaines de personnes à côté desquelles je coexiste et dont le sort me laisse aussi froid qu'un inuit à qui on offre un congélateur. Il n'y a aucune raison pour que je leur souhaite quoi que se soit, en bien où en mal, puisqu'ils me sont totalement indifférents. Pour eux, mon "Bonne année" tient plus de la une formule de politesse que d'un véritable souhait de bonheur. J'utilise cette formule en janvier en réponse à un autre "Bonne année", comme j'ai l'habitude de dire "Bonjour" en réponse à un autre "Bonjour". D'ailleurs, le mot "Bonjour" signifiait à l'origine "Je vous souhaite une bonne journée". Il y a dans cette phrase un petit coté "Profites-en bien, c'est peut-être la dernière" qui montre qu'à l'époque où cette pratique s'est développée, l'espérance de vie était plutôt courte. Mais aujourd'hui, on vit de plus en plus vieux et notre échelle de temps a changé. "Bonjour" ne signifie plus rien d'autre que "Salut". Et qu'en est-il de "Bonne Année" ? Peut-être verrons nous apparaître un jour le mot "Bonan" dans nos dictionnaires...

Et cela pourrait arriver plus vite qu'on ne le pense car notre dimension temporelle continue d'évoluer. En voici la preuve. Entre Noël et le Jour de l'An, nous avons rendu visite à Tonton Félicien, le grand-oncle de Mon Amour, à qui nous avons souhaité un joyeux anniversaire (100 ans tout rond, joli score !). Après le repas de famille (famille au sens large, car le degré de parenté entre mon épouse et les quelques cousins présents est à peu prés équivalent au degré d'alcool dans un litre de rhum de la Martinique), au moment de repartir, Tonton Félicien en nous disant au revoir à tout simplement ajouté :
       "Et j'espère que vous viendrez aussi pour mes 200 ans."

Alors, je souhaite à Tonton Félicien un bon siècle, à tous mes proches un bonan et au reste du monde un bon N'importe-quoi.

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